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January 15 ma bulle, mon conceptMA BULLE, MON CONCEPT
Je suis une artiste !
En fait, je croyais en être une jusqu’au moment où j’ai décidé de rencontrer un agent ! Ce jour-là, je remplis un grand sac de mes manuscrits, pris mon carton à dessins, à « exquises » sous le bras, et, ainsi chargée, je toquais timidement à sa porte.
Un tonitruant ENTREZ transperça le bois et … mes tympans ! L’agent ne leva pas la tête en m’entendant. Ses yeux restèrent rivés à une longue colonne de chiffres dégoulinant d’une calculatrice … Qui était loin d’être artistique. Il tendit un long doigt fin manucuré que je décidais devoir appartenir à une main d’artiste, ceci pour me rassurer. - Asseyez-vous ! me dit ce doigt là. Je m’écroulai sur une chaise bien trop basse, le nez levé vers l’agent, le menton au ras du bureau, comme si j’étais en prière. « Saint Agent diffuseur de mes créations, Aidez-moi ! » - Alors, mon p’tit, quel est votre travail ? Qu’est-ce qu’on peut faire circuler ? - M’sieur l’Agent, … Il y a beaucoup à voir ! - C’est ça, c’est ça. Il va falloir prévoir un plan de bataille. S’armer de courage pour se tailler la part du lion ! Quel est votre concept ? - ……………….. J’étais intimidée par ce langage guerrier. - Comment ? Vous n’avez pas de concept ! Vous faites des aquarelles ! Ma pauvre demoiselle ! Ca ne se fait plus du tout ! Ce n’est pas de bon goût ! Faites donc du conceptuel ! Tout comme Emmanuelle ! N’usez plus de ce mot ! Mais dites Histoires d’Eau !
- Il va falloir travailler ça mon petit. Cherchez et revenez avec du solide, du béton armé, pour qu’on puisse attaquer sérieusement, faire de la communication. Il me fixait en disant cela. Il portait des lunettes en « éclaté » comme dans les publicités des années soixante-dix, et ses yeux, grossis au moins dix fois, clignotaient comme autant de spots publicitaires.
Je me retrouvai sur le trottoir, abattue, vaincue par une guerre étrangère. Créatrice sans travail, poète sans concept, de l’imagination sans communication, des fables et des écrits sans aucune librairie, toute nue, mangée crue. Je décidai alors de visiter des expositions, de m’imbiber d’art contemporain.
Je me rendis à Sète … où je vis des baguettes. Des baguettes de pain dans tous leurs états. Des miches et des batards vautrés dans de fantasques ébats, se chevauchant mi-cuits, brisés ou bien rassis. Le concept quant à lui était présomptueux. Il retraçait ainsi l’histoire universelle, immuable, immortelle, la Sainte Cène où Jésus-Christ, par le pain qu’il bénit, guide toutes les vies depuis la nuit des temps … toujours omniprésent. Je me dis quant à moi que si cette expo là devait être présentée au bénéfice des restos du cœur, elle serait dévorée en un clin d’œil et tomberait vite en miettes, roulée dans la farine !
Ensuite, je me rendis dans une fondation où étaient exposés des trombones en coulisse. Tous ensembles attachés avec quelque malice en un gigantesque serpent s’insinuant partout et s’égarant souvent : le long des escaliers et même jusque dans les cabinets ! Pour enfin s’écrouler dans un tas d’immondices, d’agrafes et de post-it. Sublimation d’un concept élitiste où il était question de mort inévitable. Quelque soit le parcours entaché de péchés, les appels au secours, les trajets, les errances, chacun de nous est lié aux autres dans la souffrance, puis mis au rebus. Moi, je me suis dit que c’était plutôt une secrétaire qui, lancée par l’habitude, avait continué dans son temps libre, à lier des trombones. Elle s’est alors découvert un talent, ou je dirais plutôt le talon d’Achille du public comme révélateur médiatique.
Je me posais de plus en plus de questions en sortant de toutes ces « expositions ».
Et encore, je vous passe celles où un « artiste » avait ramassé pendant des années du pollen de fleurs pour en disposer un tas au milieu d’une immense salle toute blanche, immaculée ! Ni du lait versé sur une vasque de marbre blanc devant nous porter à la méditation, immatérielle pureté ! Tout comme celui qui, dans une chapelle laïcisée, aseptisée, a exposé des bois d’épaves et des galets ramassés sur la plage !!!
Ah ! Ce mot concept. CONCEPT ! Je n’en dormais plus, je me recroquevillais.
Aussi, je décidai de rentrer chez moi, en moi. Tout en émoi, je me suis créé une bulle. Au début, j’étais un peu à l’étroit … puis, j’ai fait des exercices – de style, bien entendu ! Petit à petit, je l’ai rendue plus confortable, ma bulle. J’y dessinais des mots, colorais des émotions, parfumais des sentiments, sculptais mes interrogations, goûtais la joie d’écrire, écoutais mes peurs et mes joies, appelais le réel et l’intrigue, visionnais la poésie et la fable, ressentais l’histoire et le surnaturel. Puis, je l’organisai ma bulle, y plaçai des couleurs, y rangeais mes idées, y invitais quelques amis. J’en fis un lieu d’échanges, de rencontres. Parfois elle est surpeuplée ma bulle, de plein de personnages dévorant mon cerveau, comme dans les tableaux de Buisson ou de Brueguel.
Ma bulle est devenue mon lieu. J’y ai balayé les supports, y sculpte l’espace.
Ma bulle est devenue mon concept, ma réalité.
le nouvel âgeLE NOUVEL AGE
QUI ? QUE ? QUOI ? OU ? POURQUOI ? etc………..
Prose poétique de Nadine Lefebvre en musique
Que fais-tu Petit d’Homme ?
-Je filtre le soleil brûlant et tisse de ses rayons ardents un gilet de chaleur pour qu’en cas de frimas, je n’attrape pas froid. -Je m’installe tout nu ici dans la clairière, tend les bras vers l’astre, attends qu’il me vêtit. Il m’entoure langoureux de sa chaleur blafarde. Dans un élan fougueux, il m’enlace et m’accable de tous ses dards perçant ma tendre carapace. Il fustige ma peau pour installer sa toile, utilise mes poils comme une trame fragile et arrime ses chaînes en un carcan si chaud que mon cœur lui-même ne bat plus que pour lui.
De quoi te nourris-tu Petit d’Homme ?
-Je déguste les fleurs printanières aux robes somptueuses, aux couleurs chatoyantes, aux parfums enivrants. Je les arrache du sol, extirpe leurs racines de leur terre nourricière, les écoute crier car je veux tout connaître jusqu’aux douleurs de la beauté, jusqu’aux terreurs de l’amour. Je veux vous démontrer qu’entre le bien et le mal, il n’y a qu’une légère notion de valeur. Manger est un bien qui procure du bien-être mais pour cela, il faut tuer ! -Je me colle à la terre pour me rassurer, m’enfonce dans mes formes par elle révélées, me berce de son odeurs aux multiples senteurs : humus et renaissance mêlés en un cercle perpétuel où ma petite vie joue un rôle essentiel. Je me couvre de glaise pour devenir statue, et j’observe tous ceux qui courent dans la rue, sans plus savoir pourquoi, ni pour où. Peut-être ont-ils oublié comment ils sont venus ?
Où cours-tu maintenant Petit d’Homme ?
-Je précède le vent et tel un ouragan, je dévale la pente de la vie surprenante, je dévore les instants fugaces, ne faisant cas du temps, vole dans le ciel immense et sans limites, et, comme le Mistral, balaie sur mon chemin les tracas, les soucis ; puis j’avance, brutal, dans le tourbillon jusqu’à l’œil du cyclone pour y trouver le sens, la raison de ma seule existence. -Je suis tendre aussi, sensuel comme la brise tiède de l’été qui soulève tendrement les cheveux des jeunes filles, caresse d’un émoi fugitif et rêveur leurs visages innocents ou leurs jambes fuselées, élancées pour courir elles aussi avec moi dans l’air du temps.
Pourquoi es-tu si près du bord Petit d’Homme ?
-Je plonge tête première dans l’élément inconnu qui reflète mon corps, apparence sur fond de néant. Visage éclairé par un soleil d’été se reflétant tel un miroir aux alouettes dans l’eau, qui, paisible d’aspect, cache un abîme, un gouffre inexploré, à peine effeuillé, défloré, qui m’attire, me terrorise aussi. Ma jeunesse s’oublie devant l’inexorable fin du voyage de la vie. L’eau me fait penser à la mort qui tapie dans l’ombre des regards échangés, guette, sournoise, l’instant propice pour m’avaler. -Mon visage serein, frais émoulu de l’enfance tranquille, se trouve déformé par les frémissements du vent balayant l’onde pure en un vieillard prématuré n’ayant vu les années s’échapper. Temps écoulé, volé sur mes heures précieuses, je ne veux plus te voir, je te chasse, te renie, et m’immerge tout entier dans l’eau enveloppante des rivières pour me perdre sans repères dans ce monde étouffant malgré la fraîcheur de ses eaux et qui, implacable, me remonte toujours à la surface.
Qui es-tu Petit d’Homme ?
-Ne l’avais-tu compris ? Je suis le feu, je suis l’air, je suis la terre, je suis l’eau et tout en même temps, je suis l’être insaisissable, le cinquième élément, l’âme transcendantale, l’ectoplasme ! Je prends, je domine, je suis le roi de tous les instants. Je dirige, organise, révolutionne même. Je suis l’intolérance, le point d’exclamation. Je suis l’éternelle question. -Je vole, parfois aussi, je deviens mercantile, j’ai toutes les raisons, tous les droits. Je deviens le point d’orgue de tes préoccupations, de tes recherches pour des solutions. Et toi, tu me pardonnes, tu te demandes pourquoi mes rages et mes peurs, où mon amour pour toi deviendrait de la haine. Je suis le révélateur de toutes les découvertes et subis une étrange alchimie dans ce passage de ma vie ! Enfin, dans la genèse de mon moi, simplement, je suis adolescent, PAPA, et malgré mes dénies, j’ai tant besoin de toi, car je n’ai pas compris toutes les raisons profondes qui créent toujours en toi cette éternelle joie. Et je t’en veux pour ça ?
Il n’y avait rien de particulier en ce jour du mois de mai. J’étais assis au bord de la rivière et contemplais mon reflet dans l’onde changeant. Or, pourtant, chaque instant fût unique lorsque j’y vis mon fils, ou bien, était-ce moi… Quelques années plus tôt ?…..
Nadine LEFEBVRE
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